Critique de film : SHAME

 

SHAME

(4/5)

Date de sortie : 7 Décembre 2011

Réalisateur : Steve Mc Queen

Genre : Drame

Nationalité  : Britannique

Synopsis :      

Le film aborde de manière très frontale la question d'une addiction sexuelle, celle de Brandon, trentenaire new-yorkais, vivant seul et travaillant beaucoup. Quand sa sœur Sissy arrive sans prévenir à New York et s'installe dans son appartement, Brandon aura de plus en plus de mal à dissimuler sa vraie vie...

 

SHAME signifie littéralement "Honte" en anglais. On pourrait être tenté de penser que SHAME est un film sur la honte, mais ce serait inexact. SHAME est un film sur la drogue, sur la vie dématérialisée et consumériste des citadins des grandes villes, SHAME est un film dérangeant car il nous ramène tous à notre quotidien.

SHAME c'est l'histoire de Brandon, un employé de bureau plutôt inefficace, mais qui entretient de bonnes relations avec son patron, ce qui le sauve. Brandon a un problème, ou plutôt, il n'a pas de problème : il obtient ce qu'il désire au moment où il le désire. L'action se déroule à New York, ce qui n'est pas anodin, New York étant le symbole de la ville qui déconstruit l'être humain et qui l'avale. SHAME c'est l'histoire banale d'un habitant d'une grande ville : oscillant entre désirs et insatisfaction.

Le film s'ouvre sur une scène où l'on voit Brandon couché sur le dos, dans un état second, figé comme une statue de cire, comme un automate que l'on a pas encore mis en route. Le film démarre ensuite immédiatement, et nous plonge avec avidité dans la noirceur latente qui s'en dégage.

Le film est fort, violent, mais se déroule comme si on assitait à la lente agonie destructrice du personnage principal. Le film est rythmé par les séquences métalliques de solitude et de d'errance entrecoupé de scènes rapides, colorées et jubilatoires, de satisfaction purement sexuelle. Oui, SHAME est un film sur la drogue, la drogue sexuelle. Incapable de satisfaire son existence morne et routinière autrement que par l'appel des paradis artificiels de la prostitution et du porno, Brandon voit son train-train chamboulé par l'arrivée de sa soeur Sissi, qui débarque sans prévenir dans son appartement. Sissi n'est pas une mauvaise fille, mais elle s'insère dans le cadre de vie de Brandon, et le désequilibre. Elle incarne la face féminine de sa vie, lente, monotone, dépressive, totalement déconstruite, mais au demeurant lisse et bien rangée.

Pourtant cela aurait pu changer, et Brandon se rend compte, avec une rencontre différente, une collègue de bureau, qu'il pourrait construire des relations avec quelqu'un d'autre qu'une prostituée. Mais tout s'effondre, et Brandon replonge dans sa soif compulsive de satisfaction sexuelle, faisant voler en éclat tout ce qui pourrait se mettre en travers de son chemin, jusqu'à sa propre soeur.

SHAME est un film violent, de la violence de l'âme, de la violence que produit la déconstruction de l'être humain par le béton et l'acier, du plaisir acheté, de l'assouvissement immédiat.

Au delà de son aspect morose et voyeuriste, SHAME est un film qui parle de l'être humain, de manière crue et sans demie mesure. Il est d'ailleurs important de noter les nombreuses scènes de sexe, dont des nus frontaux, qui sont à déconseiller au jeune public, le film est d'ailleurs interdit aux moins de 12 ans. Pour les fans de Michael Fassbender, celui ci est nu une bonne partie du film, et les connaisseurs apprécieront la contemplation de sa silhouette avantageuse, de face comme de dos.

SHAME est finalement un film très bien construit, presque mécanique, articulé autour des images portées par des leitmotiv de piano lancinants, guidé par cette lancinante présence féminine, comme pour ramener le personnage à ses pulsions. Alternant insatisfaction, désir, assouvissement, puis désespoir, Michael Fassenbender campe avec brio un personnage difficile : celui que nous somme tous.

 

Mathieu.